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Je suis une Tunisienne noire

Je suis une Tunisienne noire

Par Sabrine NGOY

Je suis une fille tunisienne noire, qui dans son propre pays ne peut pas se promener dans la rue sans se faire insulter pour la couleur de sa peau.

Hier soir, je marchais le long de l’avenue Habib Bourguiba avec mon ami qui est « blanc ». On était heureux de se retrouver et de se balader ensemble. Une voiture, en passant, a ralenti et j’ai été abreuvée d’insultes à connotation sexuelle et raciste.

Mon ami a décidé de relever le numéro de la plaque de la voiture. Quand ils s’en sont rendus compte, ils l’ont insulté de plus belle:

« Vous ne pouvez rien nous faire! »

Il y avait des policiers pas loin. On s’est dirigé vers eux. Le conducteur s’est affolé. Il est descendu de la voiture, devenant franchement agressif, me traitant de pute noire. Il a prétendu connaître quelqu’un de gradé dans la police, ce qui faisait qu’il était intouchable.

Les policiers, mis au courant de l’affaire, l’arrêtent. Les deux hommes qui étaient avec lui dans la voiture nous rejoignent alors et nous menacent:

« Si vous portez plainte, vous aurez affaire à nous! »

On s’est tous rendus au poste de police. Les policiers ont fait leur boulot et j’ai déposé une plainte pour agression verbale raciste.

Certains pensent que ça ne servira à rien et que je ne devrais même pas porter plainte, après tout ce n’était que des mots, j’aurais du les ignorer.

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A ceux-là je dis que ce genre d’insultes, j’y fais face chaque jour que Dieu fait, je les affronte matin, midi et soir, depuis mon plus jeune âge.

Hier soir, j’ai été agressée verbalement sur l’artère principale de la ville, devant des dizaines de gens, à quelque mètres des policiers. Si j’avais été seule, dans une rue sombre, loin des yeux, les choses auraient peut-être dégénéré. Je ne veux pas vivre avec cette peur. Le plus terrible, c’est que je suis loin d’être un cas isolé. Beaucoup d’autres Tunisiens et Tunisiennes se font quotidiennement agresser pour la couleur de leur peau. On finit par ne plus se sentir chez soi dans son propre pays.

Donc, à ceux qui me disent de retirer ma plainte, je réponds que non. J’irai jusqu’au bout.

N’ai-je pas le droit, de me promener dans les rues de mon pays, sans me faire insulter simplement parce que je suis noire?

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