Elles sont nombreuses à créer, à chercher, à tenter. Peu sont celles dont le travail finit par être reconnu au-delà des frontières. Emna Hussein fait partie de ces Tunisiennes qui construisent leur parcours ailleurs, sans jamais rompre le fil avec leurs origines.
Entre la Tunisie, l’Italie et aujourd’hui Le Caire, la designer tuniso-italienne s’impose comme l’une des nouvelles voix de la fashion-tech dans la région MENA. En faisant de l’impression 3D un véritable langage de couture sculptural, narratif et éco-conscient , elle signe une vision singulière, récemment saluée au Cairo Design Award 2025 pour sa collection Act I – “The Rebel Bride”.
Une trajectoire entre la Tunisie, l’Italie et Le Caire
Basée aujourd’hui au Caire, Emna Hussein développe son écosystème fashion-tech tout en préparant les prochaines étapes de son parcours. Une présence renforcée en Tunisie est envisagée à court terme, suivie d’une expansion vers l’Italie à l’horizon 2026.
Un chemin transfrontalier, à l’image de son travail : hybride, exigeant, et résolument tourné vers l’avenir. Celui d’une créatrice tunisienne qui réussit ailleurs, tout en continuant à inscrire son héritage au cœur de sa création.
Une inspiration maghrébine traduite au futur
Si la technologie occupe une place centrale, l’univers d’Emna Hussein reste profondément relié au Maghreb.
Le haïk apparaît comme une mémoire textile, les symboles et les rituels affleurent, tout comme les lignes de l’architecture orientale, les volumes du désert ou des références florales traitées avec retenue.
L’objectif n’est jamais de figer une tradition, encore moins de la folkloriser. Il s’agit plutôt de la traduire dans un langage futuriste, de la faire évoluer sans la caricaturer.
Quand la mode 3D dépasse le gadget
La mode 3D est souvent perçue comme un simple effet technologique, spectaculaire mais anecdotique. Chez Emna Hussein, elle devient un véritable processus créatif.
Chaque pièce prend d’abord forme dans l’espace digital, modélisée en trois dimensions, avant d’être imprimée couche par couche. Vient ensuite le temps du geste : finitions manuelles, pigments, textures, assemblages. La technologie n’efface pas la couture, elle la prolonge.
Ce mode de fabrication permet d’explorer des formes impossibles à patronner de manière traditionnelle : volumes organiques, reliefs architecturaux, structures presque sculpturales. Le vêtement – ou l’accessoire – cesse alors d’être un simple objet fonctionnel pour devenir un objet narratif, porteur d’identité.
Une esthétique sculpturale pensée pour durer
Ce qui distingue l’univers d’Emna Hussein, au-delà de l’innovation, c’est la réflexion sur l’usage et la durabilité.
La marque repose sur un principe central : la modularité. Ici, elle n’est pas un détail esthétique mais une logique de conception globale. Les pièces sont pensées pour évoluer, se transformer, se réparer, se personnaliser.
Dans un contexte où la surconsommation interroge de plus en plus, cette approche propose une alternative concrète : créer des objets que l’on garde, que l’on adapte, plutôt que des pièces éphémères.
Cette vision se traduit aussi par des choix de matières précis. Les structures reposent principalement sur des filaments biosourcés comme le PLA, tandis que le TPU est utilisé pour les éléments souples et modulables, avec une attention portée à la recyclabilité et à l’impact environnemental. À terme, la recherche s’étend vers des biomatériaux inspirés de ressources naturelles, dans une logique où la matière devient elle aussi un récit.
Trois lignes pour une même signature
Pour structurer son univers, la marque se décline en trois lignes distinctes, pensées pour des usages différents tout en conservant une cohérence créative forte.
La Luxury Line
Inaugurée avec Act I – “The Rebel Bride”, elle propose des accessoires imprimés en 3D à la finition couture. Peintes à la main, travaillées dans le détail, ces pièces sont uniques par leur rendu.
La Couture Line,
Prévue courant 2026, elle s’annonce plus expérimentale. Volumes radicaux, matériaux composites biosourcés et textures inédites : cette ligne est conçue comme un véritable laboratoire créatif.
La Pure Line,
Attendue fin 2026, elleadoptera une approche plus directe et contemporaine. Plus accessible, elle conserve néanmoins l’ADN sculptural et modulaire de la marque.
“The Rebel Bride”, une figure féminine qui choisit
Au cœur de Act I – “The Rebel Bride”, il y a une narration forte. Celle d’une femme qui refuse d’être enfermée dans une tradition figée. Elle ne rejette pas ses racines, mais refuse que l’on décide à sa place.
La mariée imaginée par Emna Hussein est une figure silencieuse mais puissante. Elle dit non quand on attend d’elle la conformité, trace sa route avec une élégance radicale, et transforme le vêtement en armure contemporaine.
Visuellement, la collection joue sur les contrastes : lumière et ombre, pureté et structure, couture et technologie. Les sacs, cuffs et accessoires évoquent une protection assumée, presque architecturale, où chaque pièce affirme une posture.ALiens
- Site Web: https://emnahussein.com/
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