Le palais d’Ennejma Ezzahra, ce sanctuaire de la musique tunisienne et méditerranéenne construit par le baron Rodolphe d’Erlanger, a accueili le lancement officiel du projet Ennejma Ezzahra XR. Entre tradition préservée et réalité virtuelle, retour sur l’inauguration de cette nouvelle visite interactive.
Il faut traverser la belle allée qui donne sur la mer pour arriver au lieu de l’événement. Ce matin-là, il y a un comité de mélomanes et de diplomates réunis pour un rendez-vous particulier.
Dans la salle d’apparat, le décor est planté. Au premier rang à gauche, Bill Bazzi, ambassadeur des États-Unis, et Saloua Ben Hafaiedh, directrice générale du Centre des Musiques Arabes et Méditerranéennes (CMAM), suivent attentivement les détails techniques. En face, au premier rang à droite, cinq hommes et une femme se distinguent par leur grande élégance en tenue tunisoise. Les hommes portent la Jebba traditionnelle, tandis que la seule femme du groupe arbore une robe tunisienne revisitée avec une touche moderne.
Ce projet propose une immersion numérique développée en collaboration avec le Tunis International Center for Digital Cultural Economy (TICDCE) et la startup tunisienne Tynass. Grâce au financement du Fonds des ambassadeurs des États-Unis pour la préservation du patrimoine (AFCP), les instruments de la collection d’Erlanger ont été numérisés en trois dimensions. Telle que décrite dans la rencontre et visible sur la présentation faite, il s’agit d’une expérience immersive de 15 minutes qui propose des représentations 3D du Baron Rodolphe d’Erlanger, de Mannoubi Snoussi, de Khémaïs Tarnane et d’Ahmed El Wafi, ainsi que des interfaces interactives de réalité virtuelle. Disponible en français, en anglais et en arabe tunisien, cette expérience est conçue pour toucher des publics variés et élargir l’accès au patrimoine musical tunisien, tant au niveau local qu’international.
Ce travail de numérisation s’appuie sur un bilan scientifique rigoureux. L’inauguration a permis de partager les premiers résultats concrets de cette sauvegarde du patrimoine. L’effort se traduit par la création et la mise à jour de 429 fiches documentaires, permettant de catégoriser la totalité de la collection existante. Parmi ces pièces, 115 instruments prioritaires ont été identifiés pour bénéficier d’un suivi spécifique. Ce catalogage a nécessité plus de 30 sessions de diagnostic menées par des experts afin de préparer un catalogue digital complet.
La surprise de la journée survient dès la fin des allocutions officielles. Le groupe très élégant du premier rang se lève d’un bond, rejoint la scène et s’installe derrière les instruments. les musiciens se positionnent, et deux chanteurs se placent à l’arrière. Ce groupe, c’est l’association Dar El Oud Ettounsi, dirigée par Zied Mehdi. Chez ces musiciens, la musique est une passion, ils exercent une autre profession au quotidien. L’amour de la musique de Tunis, dont le malouf, les unit. Ils jouent les nues de notre répertoire classique sous les plafonds sculptés, créant un pont tangible entre la mémoire des lieux et la relève culturelle.
À la fin de la présentation, l’ambassadeur s’en va tester l’expérience XR. À côté, un visiteur glisse discrètement qu’il ne souhaite pas prendre de photos. Nous n’avons pas pu découvrir l’expérience, seul l’ambassadeur des États-Unis y avait droit.
C’est le moment choisi pour s’éloigner de l’agitation officielle et visiter le palais. Déambuler dans ces pièces est nécessaire pour qui veut comprendre l’histoire des lieux. Des pièces entières sont consacrées aux instruments de la collection, offrant un parcours silencieux au milieu de ces objets d’art, loin des écrans, là où la musique de Dar Nejma Ezzahra a commencé.
