Round 13, film tunisien de Mohamed Ali Nahdi, surprend dès les premières minutes. Présenté comme un film de boxe, il raconte en réalité une histoire intime sur la maladie, la famille et l’acceptation. Un film ancré dans le réel tunisien, qui fait écho à des vécus largement partagés.

Quand on regarde la bande annonce de Round 13, on pense entrer dans un film sur la boxe. Pour ma part, j’avais compris l’histoire d’un père qui pousse son fils à suivre ses pas. Le titre lui même installe cette attente, celle d’un combat sur un ring, d’une transmission entre générations.

Mais le film prend une autre direction. Très vite, il déplace le regard. Le combat n’est pas celui que l’on croit.

Le film

Round 13 raconte l’histoire de Kamel, ancien boxeur, confronté à une épreuve qui dépasse le sport. La treizième reprise n’est pas un défi sportif, mais une épreuve imposée par la vie.

Cette dimension intime vient directement du vécu de Mohamed Ali Nahdi. Le réalisateur s’inspire de ce qu’il a traversé avec l’alzheimer de sa mère. Le film ne porte pas sur cela, mais cette expérience donne au film une justesse particulière.

Chaque histoire au cinéma doit toucher. Elle peut toucher par la tristesse, par le rire ou par le suspense. Je m’inspire de ce que je vis, des douleurs et des joies. Ce que j’ai vécu avec ma mère a eu un impact. Le film parle de l’acceptation de quelque chose que l’on ne peut pas accepter. Au début il y a le choc, ensuite le refus, puis le combat et enfin l’acceptation » ».

Le film suit ce chemin, sans détour, en laissant le spectateur traverser ces étapes.

Un choix fort

Un élément marque rapidement dans ce film tunisien. Le mot cancer n’est jamais prononcé. Ce choix d’écriture évite un traitement direct, presque frontal.

Pourtant, tout est clair. Le film ne cherche pas à expliquer. Il montre. Les regards, les gestes, les silences suffisent à faire comprendre. Ce silence renforce l’émotion. Il installe une tension, un poids. Dans la salle, un silence s’installe, lourd, presque partagé entre les spectateurs.

Ce choix de retenue n’est pas un hasard. Mohamed Ali Nahdi explique avoir voulu éviter toute démonstration appuyée

 Mon ambition était de revenir à l’essentiel. Traiter ce sujet avec pudeur, précision et vérité, sans tomber dans le spectaculaire ou le pathos. Faire un film qui respire la retenue plutôt que l’effet ».

Un vécu partagé en Tunisie

https://binetna.com.tn/round-13-le-combat-quon-ne-choisit-pas/
Entre silence, tension et gestes du quotidien, Round 13 raconte le parcours d’un père face à la maladie de son fils (couleurs modifiées)

Round 13 s’inscrit dans une réalité tunisienne reconnaissable. Le film parle d’un vécu que beaucoup connaissent, celui de la maladie, de la chimiothérapie, de l’attente interminable dans les hôpitaux.
Le film reste une fiction, mais il est nourri de situations réelles, ce qui explique cette proximité avec le vécu.

En Tunisie, cette expérience dépasse la maladie elle même. Elle devient un parcours difficile, souvent épuisant. Les médicaments sont parfois en rupture. Les examens coûtent cher. Les cliniques restent inaccessibles pour de nombreuses familles. Et au milieu de tout cela, des parents avancent sans toujours comprendre.

Au cœur du film, une scène reste. Pendant la projection, ma fille me demande

 C’est quoi le stade 4 ?

Cette question, simple en apparence, révèle une réalité plus large. Des familles sont confrontées à des termes médicaux sans explication claire. Des parents découvrent en même temps que leurs enfants. Le langage médical reste éloigné du vécu.

Dans ce contexte, certaines structures tiennent. L’hôpital Salah Azaiez reste une référence. L’empathie des autres parents, l’entraide entre les familles, les échanges pudiques montrent une forme de solidarité.

Mais la pression reste forte. L’attente, la bousculade, le manque d’accompagnement, la précarité, le manque de transports en commun,… Des mères qui deviennent infirmières. Des pères parfois mis à distance, qui ne trouvent pas leur place dans le parcours de soin.

Le regard du réalisateur

La « mise en scène » de Mohamed Ali Nahdi place le spectateur au plus près des personnages. La caméra ne crée pas de distance, elle implique. Le film ne laisse pas le spectateur à distance. Il l’implique directement, notamment dans les scènes face caméra, où l’on se retrouve à la place du fils ou face aux parents.

Dans une scène marquante, les parents reçoivent la nouvelle face caméra. Le spectateur est placé devant eux, comme témoin direct. Dans une autre, le père parle à son fils face caméra, et le spectateur se retrouve à la place de l’enfant.

On marche avec eux dans la rue. On partage leurs déplacements, leur fatigue.

Le rythme du film est volontairement lent. Il laisse le temps s’installer. On ressent l’attente, la fatigue, l’usure. Certaines scènes s’étirent, comme pour reproduire ce que vivent les familles dans les hôpitaux. Certaines scènes deviennent difficiles à supporter, parce qu’elles forcent à se projeter, à imaginer un proche, et à ressentir l’impuissance.

Quand le silence dit tout

Le film tient largement par ses acteurs. Mohamed Ali Nahdi insiste d’ailleurs sur cet aspect

Je pense exceller dans le choix et la direction des acteurs

Afef Ben Mahmoud impressionne par son jeu retenu. Ses silences, son regard, suffisent à traduire l’émotion. Helmi Dridi reste dans la justesse, sans excès.

Le fils, quant à lui, porte une douleur visible. Une scène d’anniversaire montre sa solitude, sans avoir besoin de dialogue.

Ce travail sur le silence est au cœur de la direction d’acteurs. Mohamed Ali Nahdi décrit un rituel sur le plateau

 Je regardais mes acteurs dans les yeux avant chaque scène et je leur disais : et si c’était la dernière séquence de votre vie, et si vous aviez tout à dire, mais sans pouvoir le dire avec des mots ».

Le jeune Hedi Ben Jabouria, issu du quartier de Mellassine, apporte une vérité directe.
Il raconte

 J’ai insisté auprès du réalisateur quand il est venu dans mon quartier à Mellassine. Je lui ai dit que je savais jouer. Je n’aurais jamais imaginé que cette insistance me mènerait à un rôle principal ».

Le film s’appuie aussi sur des témoignages réels. Mohamed Ali Nahdi a travaillé avec des parents ayant vécu la maladie, dont Manel Gharbi, dont la fille est morte très jeune du cancer, mais aussi avec Seif, qui joue l’infirmier dans le film.

Seif a lui même perdu sa fille, du même âge, de la même maladie. Le réalisateur explique qu’il avait une appréhension à l’impliquer, mais que celui ci a voulu que ce rôle soit un hommage à sa fille. Il a même contribué à retravailler certains détails liés à la maladie.

Cela se ressent dans les gestes, dans les scènes, dans les détails du quotidien.

Dans ces moments, la solitude ne concerne pas seulement les parents. Elle concerne aussi le malade. Une scène reste marquante, celle de l’enfant seul, entouré d’enfants joyeux, presque silencieuse, mais chargée.

Des scènes comme des tableaux du quotidien

Le film tunisien Round 13 a été tourné à Mellassine, un quartier souvent réduit à sa réputation.

Le tournage s’est pourtant déroulé dans une ambiance apaisée, sans présence policière. Le choix de travailler avec un enfant du quartier donne une texture particulière au film.

Les visages, les corps, les déplacements renforcent cette impression de réel. Certaines scènes prennent la forme de tableaux du réel, comme celle du père face au guichet de l’hôpital pour enregistrer son fils, entouré d’une foule de parents qui poussent et attendent, une image que ceux qui fréquentent les hôpitaux en Tunisie reconnaissent immédiatement.

La boxe

La boxe reste présente dans le film, mais elle devient symbolique. Le combat n’est plus celui du ring.

C’est un combat quotidien. Un combat contre la maladie. Un combat contre l’impuissance.

Round 13, film tunisien de Mohamed Ali Nahdi, dépasse les attentes. Ce n’est pas un film sur la boxe. C’est un film sur ce que la vie impose. Un film ancré dans le réel tunisien, dans des histoires vécues, qui touchent parce qu’elles sont proches.

Une partie des bénéfices sera reversée à une association (ATMC) qui soutient les enfants atteints de cancer.

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