Je me couche fatiguée et je me réveille déjà fatiguée. Et pourtant, j’ai l’impression de ne jamais en faire assez”, confie une jeune mère de deux enfants, témoigne Rim, 42 ans

On en fait beaucoup plus que nos parents, et ce n’est jamais assez… mais tout cela a une explication

Fatigue chronique, charge mentale, culpabilité, impression de ne jamais en faire assez. Beaucoup de parents milléniaux disent aujourd’hui qu’ils sont à bout.

Ce ressenti dépasse les expériences individuelles. Plusieurs études menées à l’international montrent que cette génération de parents est plus exposée au stress parental et au risque d’épuisement.

Ce n’est pas une question de capacité. C’est une parentalité devenue plus lourde, plus exigeante et plus solitaire.

Cette fatigue ne traduit pas un manque de capacité. Elle raconte surtout une parentalité devenue plus lourde, plus exigeante et mentalement plus prenante.

Une génération déjà plus exposée au stress

La parentalité s’ajoute à un niveau de stress déjà élevé.

Une enquête internationale Ipsos menée dans 31 pays montre que 47 % des milléniaux disent avoir déjà été trop stressés pour aller travailler au cours de l’année, un niveau nettement plus élevé que chez les générations précédentes.

Avant même d’avoir un enfant, j’étais déjà épuisée par le travail et la pression quotidienne. Avec un enfant, c’est devenu permanent”, raconte Salma, 34 ans, cadre dans le privé.

Ces parents commencent donc leur vie familiale avec une charge mentale déjà installée. Travail, pression financière, instabilité professionnelle. L’arrivée des enfants vient s’ajouter à cet équilibre fragile.

Le parent sans relais

On appelle le phenomene « les parents sans village »

Beaucoup de parents ont aujourd’hui le sentiment d’élever leurs enfants sans soutien réel.

Ce que certains appellent le  “parent sans village correspond à une réalité simple. Les familles sont plus isolées. Les grands-parents travaillent encore ou vivent loin. Les rythmes de vie sont plus inten

Même quand l’entourage existe, l’aide reste ponctuelle. Résultat, la charge du quotidien repose souvent sur un ou deux parents. Soins, organisation, disponibilité émotionnelle, imprévus.

Quand j’étais petite, je passais tous mes week-ends chez ma grand-mère. Aujourd’hui, mes parents ont leur propre rythme, leurs contraintes. Ils ne peuvent pas prendre le relais comme avant”, explique Inès, mère d’un garçon de 5 ans.

On a de la famille, mais personne de disponible au quotidien. On gère tout seuls, du matin au soir”, ajoute Mehdi, père de deux enfants.

Les recherches sur le burn-out parental montrent justement que le manque de ressources et de soutien concret fait partie des principaux facteurs qui transforment le stress parental en épuisement durable. Une revue scientifique publiée dans BMC Public Health souligne que le burn-out apparaît lorsque les exigences parentales dépassent durablement les ressources disponibles, notamment l’aide familiale, sociale et pratique.

Le problème n’est pas seulement d’avoir des enfants. C’est de devoir tout gérer seul.

Une parentalité plus consciente, donc plus exigeante

Les parents milléniaux cherchent à faire différemment. Ils veulent

  • écouter davantage
  • mieux gérer les émotions
  • expliquer au lieu d’imposer
  • être attentifs au développement de l’enfant
  • éviter de reproduire certaines erreurs du passé

Cette évolution est positive. Elle demande aussi une attention constante et beaucoup d’énergie mentale

Je veux faire mieux que ce que j’ai connu. Mais faire mieux demande du temps et de l’énergie, et parfois je n’en ai plus”, confie Amira, 32 ans.

Le rôle parental ne se limite plus aux besoins matériels. Il inclut la sécurité émotionnelle, la confiance, l’équilibre psychologique.

Cette implication permanente a un coût mental.

Trop d’informations, trop de pression

Les parents sont aujourd’hui exposés à une quantité massive de contenus.

Tu ouvres Instagram pour te détendre et tu tombes sur des vidéos qui t’expliquent que tu fais mal. À la fin, tu doutes de tout”, témoigne Rania, mère d’une fille de 3 ans.

Conseils sur Instagram, vidéos TikTok, groupes Facebook, podcasts, experts. Tout devient sujet à réflexion. Le sommeil, l’alimentation, les écrans, les émotions.Le problème n’est pas le manque d’information. C’est la saturation.

Chaque détail devient un sujet de réflexion : sommeil, alimentation, écrans, activités, émotions, école, autonomie.

À force, le parent a l’impression qu’il doit toujours mieux faire.

Cette comparaison permanente nourrit une forme de perfectionnisme particulièrement fatigante.

Travailler, éduquer, gérer : tout en même temps

Le quotidien des parents milléniaux est aussi marqué par l’accumulation des rôles.

Ils doivent être à la fois

  • parents disponibles
  • professionnels performants
  • gestionnaires du foyer
  • soutien émotionnel de la famille
  • organisateurs de toute la logistique quotidienne

École, rendez-vous, repas, santé, devoirs, écrans, sorties, budget, courses… la liste semble sans fin.

Je termine ma journée de travail et j’en commence une autre à la maison. Devoirs, repas, organisation… Il n’y a pas de pause”, décrit Yosra, 36 ans.

C’est cette superposition des responsabilités qui explique en grande partie l’épuisement ressenti.

En Tunisie, peu de solutions pour accompagner les parents

En Tunisie, cette réalité est encore plus marquée.

Les crèches publiques de qualité sont rares. Le recours à une aide qualifiée représente un coût élevé pour beaucoup de familles. Il n’existe pas de véritable prise en charge du care par l’État, ni de soutien structuré du côté du privé. Les solutions publiques restent limitées sinon inexistantes

On a visité plusieurs garderies scolaires. Soit c’était trop cher, soit ça ne nous rassurait pas. On a fini par s’organiser seuls”, raconte Hichem, père d’un enfant de 8 ans.

Le care reste largement porté par les familles, et en particulier par les femmes.

Dans ce contexte, les parents gèrent seuls ou presque. Le moindre imprévu devient une source de stress supplémentaire.

Quand mon enfant est malade, il n’y a pas de solution. Il faut s’absenter, négocier au travail, s’arranger”, explique Leïla, salariée dans le secteur privé.

Cette absence de solutions concrètes renforce la fatigue et accentue les inégalités, notamment pour les mères.

C’est toujours moi qu’on appelle de l’école. Même quand on travaille tous les deux”, souligne encore Leïla.

Le vrai enjeu : recréer du soutien

Le problème n’est pas que les parents sont moins capables.
Le problème, c’est qu’on leur demande plus qu’avant, souvent avec moins de relais.

La vraie réponse n’est pas la perfection.
C’est le soutien :

  • partager la charge
  • accepter l’imperfection
  • demander de l’aide
  • recréer un entourage de confiance
  • sortir de la comparaison

La question du care ne concerne pas uniquement les familles. Elle concerne aussi les politiques publiques, les entreprises et l’organisation de la société.

Parce qu’un parent épuisé n’a pas besoin qu’on lui demande d’en faire plus.

Il a surtout besoin de ne plus tout porter seul.

Binetna est un magazine féminin tunisien
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