Partir, quitter son pays, découvrir le monde, pour beaucoup, c’est un rêve ; pour d’autres, une nécessité. Pour toutes, c’est une expérience qui transforme.

Nous avons recueilli les témoignages de Tunisiennes vivant à l’étranger, de tous âges, de différents horizons, pour comprendre ce que signifie être une « Tunisienne d’ailleurs ».

Sana, 28 ans – Paris, France

Le compromis entre rêve et réalité

« Quand je suis arrivée à Paris, j’avais les yeux remplis de curiosité et le cœur rempli d’espoir. Tout était nouveau : le métro, le rythme, les gens, mais très vite, j’ai ressenti le poids d’être étrangère. Au travail, je devais prouver que je méritais ma place, et parfois, mes collègues avaient du mal à comprendre mes références culturelles. Heureusement qu’il y a les cafés où je peux parler arabe avec d’autres Tunisiens, et les soirées où je cuisine les plats de ma mère pour mes amis français.

C’est une vie de compromis, je dois souvent me rappeler pourquoi j’ai choisi de venir ici : mettre de l’argent de côté puis rentrer et ouvrir mon projet en Tunisie. Je ne me sens pas tout à fait chez moi, ici, je sais que c’est provisoire et ça me console quand la nostalgie devient trop forte. »

Amel, 45 ans – Montréal, Canada

Recommencer loin de chez soi

« J’ai quitté la Tunisie pour suivre mon mari qui a obtenu un poste intéressant dans le secteur pharmaceutique. Financièrement, c’était une très belle opportunité, mais à 45 ans, recommencer dans un pays où je ne connaissais personne était un peu effrayant. Les papiers, le système de santé, le froid… tout me semblait un défi, surtout avec des enfants pré-adolescents.

Mais, je me suis inscrite à des cours de français et d’anglais, j’ai rencontré d’autres mamans immigrées, et petit à petit, Montréal est devenu un chez-moi. Ce qui me manque le plus, c’est la spontanéité de Tunis et la chaleur des gens. Ici, tout est poli, organisé et forcément un peu froid. Ici, on ne s’invite pas pour un oui pour un non, on ne débarque pas les uns chez les autres, c’est pour ça qu’il était essentiel pour moi d’avoir ma petite communauté tunisienne. »

Leïla, 19 ans – Berlin, Allemagne

Apprendre à porter ses racines

« J’ai choisi d’étudier en Allemagne pour la qualité de l’enseignement et pour découvrir un autre monde. Je ne m’attendais pas à être confrontée à des préjugés sur mon nom, mon accent ou mes habitudes alimentaires. Les gens sont curieux mais parfois distants.

Pourtant, j’ai trouvé une vraie communauté tunisienne qui m’accueille comme si j’étais chez moi. J’ai compris que l’expatriation ne consiste pas à renier ses racines, mais à apprendre à les porter fièrement dans un autre pays. Je sais qu’un jour je vais rentrer chez moi. Je veux fonder une famille, puis vieillir dans mon pays. »

Nadia, 62 ans – Londres, Royaume-Uni

Construire une vie ailleurs

« Je suis arrivée à Londres dans les années 80, avec mes enfants et mon mari libanais. À cette époque, les Tunisiens étaient peu nombreux ici. L’intégration était un combat quotidien : trouver un logement, comprendre le système éducatif pour mes enfants, apprendre l’anglais, et vivre dans le gris et la pluie au quotidien. C’était dur, mais aujourd’hui, je suis fière de ce que nous avons construit.

Mes enfants ont des carrières internationales, et le fait de vivra ici m’a ouvert le monde. J’ai visité beaucoup de pays, cela aurait été nettement moins facile à partir de la Tunisie. Je me sens à toujours Tunisienne mais je suis aussi Londonienne. C’est étrange mais c’est comme ça, je m’identifie plus à la ville qu’au pays. Londres est mon chez-moi. Et même si certains jours, le soleil et la chaleur de mon pays d’origine me manquent, je ne pourrais plus vivre ailleurs. Le gris et la pluie sont devenus des sources de réconfort, comme des visages familiers. »

Yasmine, 33 ans – Dubaï, Émirats Arabes Unis

Entre ouverture au monde et nostalgie

« Travailler à Dubaï m’a donné l’impression d’être à un carrefour mondial. Je rencontre des gens de partout, je découvre des cultures différentes, et je gagne bien ma vie. Cette vie est passionnante et je ne l’échangerais pour rien au monde, du moins tant que je suis jeune. Mais ça ne veut pas dire que je n’ai pas de nostalgie. Les jours de Ramadan, mon cœur est en Tunisie, dans ses marchés, avec les odeurs des plats, je rêve aux dîners en famille. S’expatrier n’est pas un processus complet avec un début et une fin, il y a toujours un pied dans le pays que tu as quitté. »

Inès, 25 ans – Barcelone, Espagne

Affronter les clichés

« J’ai toujours rêvé de vivre en Espagne. Après le bac, j’ai décidé d’y faire mes études. Cela fait 6 ans que je suis ici. Il a fallu apprendre à composer avec la langue, les différences culturelles et le rythme de vie. Ici, on me respecte pour mes compétences, mais parfois on me juge pour mes origines. Les clichés sont tenaces : « toutes les Tunisiennes sont comme ci ou comme ça ». Ça blesse parfois, mais ça me motive aussi à montrer qui je suis vraiment. Et puis, le soleil de Barcelone me fait parfois oublier les difficultés, surtout quand je cuisine un couscous pour mes amis espagnols qui adorent découvrir ma culture. »

Chaque histoire raconte la richesse, mais aussi les défis, de cette expérience unique. Pour toutes ces femmes, jeunes ou plus âgées, la distance géographique ne diminue en rien l’attachement à la Tunisie. Et ce pays qu’elles continuent à porter en elles, leur donne la force intérieure nécessaire pour s’adapter, sans perdre trop de plumes.

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