Le cave de Hafisa (9abou 7afisiya),  premier roman du journaliste tunisien Mohamed Amine Ben Hlel, paru aux éditions Cères, suit un homme, Saïd, à travers Tunis. Amour, eau, injustice, torture, vengeance : un roman en arabe littéraire accessible, qui surprend jusqu’à la dernière page.

 

Six ans de travail. Un premier roman. Et une salle comble à la librairie El Kiteb pour la séance de dédicace. Mohamed Amine Ben Hlel n’est pas un inconnu : journaliste, habitué du monde de la presse, grand lecteur, il a beaucoup dévoré avant de se lancer.

La Cave de la Hafsia, est paru aux éditions Cères, et il se lit d’une traite.

Un roman en arabe pour tout le monde

Mohamed Amine Ben Hlel a fait un choix délibéré : écrire en arabe littéraire, mais accessible.

Pas d’arabe inaccessible réservé aux habitués de la littérature.L’écriture reste claire et accessible, même pour ceux qui lisent peu en arabe.. Son objectif était que tout le monde puisse le lire, y compris ceux qui ne lisent pas habituellement en arabe. Pari tenu. On peut le terminer en une journée, et on a envie de le faire.

Saïd, un homme qu’on ne s’attendait pas à comprendre

Le roman suit Saïd, un personnage inspiré d’une personne réelle, même si l’auteur a inventé des situations et des circonstances. On le suit dans des endroits précis de Tunis, des lieux qu’on reconnaît, des rues qu’on a traversées.

On ne s’attache pas forcément à lui. On ne le plaint pas d’emblée. Mais on arrive, progressivement, à comprendre certaines choses. Sans les justifier. C’est là que le roman est honnête :Le livre ne justifie rien, mais il montre d’où viennent certaines fractures.

L’histoire traite d’amour, mais ce n’est pas un roman sentimental. Derrière l’amour, il y a les problème de l »eau en Tunisie, l’injustice, la violence, la torture, la vengeance. Des enjeux sociétaux traités de manière indirecte, portés par des personnages et des situations, pas par des discours. Et la fin surprend. On ne la voit pas venir.

Ce que le roman dit de nous

Ce qui frappe à la lecture, c’est la familiarité. On reconnaît des choses. Des faits divers, des situations, des gens qu’on croise sans les voir. Ces vies parallèles aux nôtres qu’on ne cherche pas à comprendre. L’impact de l’enfance sur ce qu’on devient, sur ce qu’on fait, sur ce qu’on subit ou inflige.

Ben Hlel ne moralise pas. Il pose des situations et laisse le lecteur faire son chemin. C’est le propre d’un auteur qui a beaucoup lu avant d’écrire : il sait que le roman n’a pas à expliquer, il a à montrer.

On retrouve aussi, en filigrane, ce système des connaissances, ce réseau opaque qui régit tant de choses dans la société tunisienne, et contre lequel certains se brisent sans bruit.

Un premier roman qui s’assume

La cave d’El Hafsia est un premier roman sincère, construit, qui a quelque chose à dire et qui trouve comment le dire.

Mohamed Amine Ben Hlel rejoint une génération de Tunisiens qui écrivent leur pays de l’intérieur, avec ses failles, ses violences ordinaires, ses beautés abîmées. En arabe. Pour tout le monde.

la cave d’el Hafdia (قبو الحفصية), Mohamed Amine Ben Hlel, éditions Cères, 20 dinars.

 

Auteur

Binetna est un média féminin tunisien à impact positif. C'est une interface d'influence positive, qui cherche à aider, soutenir et inspirer les femmes

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