Ils ont partagé une photo privée d’elle sur le groupe WhatsApp de l’école.

Ce type de situation circule, se répète, s’amplifie. Une image, un message, un montage. En quelques minutes, tout bascule. Derrière ces scènes, des chiffres alarmants.

La violence facilitée par la technologie en Tunisie

57 % des femmes en Tunisie déclarent avoir subi une forme de violence au cours des 12 derniers mois.
>84,7 % des femmes âgées de 15 à 74 ans déclarent en avoir subi au moins une au cours de leur vie.
Parmi ces violences, 14,4 % des actes déclarés récemment ont lieu dans l’espace numérique.

Ces violences sont majoritairement morales, 49,3 %, mais incluent aussi des violences sexuelles, 15,6 %, économiques, 11,4 %, et physiques, 5,3 %.

La cyberviolence ne constitue pas un phénomène isolé. Elle s’inscrit dans un continuum de violences déjà présentes, que le numérique facilité, amplifie et rend plus visibles et plus difficiles à contenir.
>Les violences facilitées par la technologie, harcèlement, diffusion d’images sans consentement, chantage ou manipulation de contenus, s’inscrivent aujourd’hui dans le quotidien numérique et impactent directement la vie des femmes et des filles

Créer un espace numérique sûr pour elle

Face à cette réalité, une réponse a été pensée à l’échelle du pays.
>Lancé en avril 2025, le programme AMEN-TECH, porté par ONU Femmes Tunisie avec le soutien du Gouvernement du Royaume-Uni, s’est construit autour d’une approche globale. Sensibilisation, formation, innovation et plaidoyer. L’objectif, agir à la fois sur les usages numériques et sur les normes sociales qui les alimentent.

Le programme a placé les jeunes au cœur du dispositif, en particulier les hommes et les garçons, en les impliquant comme acteurs du changement. Cette dynamique a permis de structurer une mobilisation collective autour d’un usage plus responsable du numérique.

Lors de la conférence de presse, Mme Isadora De Moura, Responsable des programmes à ONU Femmes Tunisie-Libye, explique

C’est une approche complète qui renforce les mécanismes de protection des femmes et filles. Parmi les actions dont je suis fière, il y a le développement d’un outil basé sur l’intelligence artificielle qui permet de signaler les violences numériques et qui sera lancé. Le programme a été mis en œuvre avec des partenaires, ce qui a permis de constituer un front pour l’égalité des droits des femmes et d’impliquer des éducateurs, les Scouts tunisiens, des médias et des influenceurs. »

Sur le terrain, cette approche s’est traduite par des actions concrètes.
180 jeunes issus de 22 régions ont été formés. 92,9 % d’entre eux se positionnent comme alliés des femmes après leur participation .
Des éducateurs ont animé des sessions dans plusieurs gouvernorats, renforçant les capacités des jeunes face aux violences en ligne.

Une campagne avec les influenceurs pour toucher autrement

Le programme a aussi investi les réseaux sociaux en s’appuyant sur des créateurs de contenu.

Dix influenceurs ont été formés et impliqués dans la campagne. Leurs contenus ont permis de toucher près d’un million de personnes et de générer des milliers d’interactions .

Les campagnes digitales menées par Onu Femmes Tunisie avec les Scouts tunisiens, le FEDEF, des médias et ces créateurs ont généré plus de 2 millions d’engagements en ligne .


Liste des créateurs de contenu-influcenceurs partenaires

Lors du panel de clôture, Baha Lajmi, créateur de contenu partenaire, revient sur cette expérience.
>Il explique avoir généré que la vidéo partagé sur son compte Draw my sciencea généré plus de 370 000 vues , sans sponsorisation. Il évoque de nombreux messages reçus de femmes, des questions, des retours sur l’utilité des informations partagées. Il encourage aujourd’hui des jeunes à produire du contenu sur les violences facilitées par la technologie.

Amentech, au dela du digital

Le programme AMEN-TECH ne s’est pas limité aux réseaux sociaux. Il a articulé plusieurs actions pour créer un impact plus large, en ligne et sur le terrain. Formations, campagnes, rencontres et plaidoyer ont été pensés comme un ensemble, avec un objectif commun, agir sur les usages numériques et sur les normes sociales qui les structurent.

Sur le terrain, cette approche s’est traduite par des actions concrètes.
180 jeunes issus de 22 régions ont été formés, et 92,9 % d’entre eux se positionnent comme alliés des femmes après leur participation.

Des éducateurs ont animé des sessions dans plusieurs gouvernorats, renforçant les connaissances et les capacités d’action face aux violences en ligne.

Cette mobilisation s’est aussi déployée dans l’espace public. Une course symbolique a été organisée sur l’Avenue Habib Bourguiba, dans le cadre des 16 jours d’activisme. Elle a permis de prolonger l’engagement digital dans la rue, en rendant le sujet visible et accessible à un public plus large.

En parallèle, le programme a facilité le dialogue entre acteurs institutionnels, société civile et partenaires. Une réflexion a été engagée autour de l’intégration des violences facilitées par la technologie dans les politiques publiques, avec une volonté de structurer des réponses à long terme.

Binetna, un travail éditorial ancré dans le réel

Dans ce dispositif, les médias ont joué un rôle structurant. A ce titre le média Binetna a participé à la campagne en développant des formats centrés sur les dynamiques familiales, la cyberviolence et la masculinité. Les contenus ont généré plus d’un million de vues, en ouvrant des discussions concrètes entre parents et enfants.

On se prépare pour sortir, pour aller à l’école, pour une soirée. Mais personne ne prépare les jeunes à entrer dans le numérique.

Le média s’appuie sur le concept Get Ready With Me, issu des réseaux sociaux. Il le détourne pour traiter la cyberviolence à partir de situations du quotidien. Dès le teaser, le dispositif pose le cadre et installe le regard. Ensuite, à travers des formats ancrés dans le réel, le média aborde la cyberviolence, les dynamiques familiales et les normes de genre. Les contenus dépassent le million de vues. Ils lancent des échanges concrets entre parents et enfants.

Le projet se décline en 3 vidéos longues, 27 formats courts et 3 teasers. Trois familles tunisiennes participent directement à la production. Ce choix ancre les contenus dans le réel. Il ouvre des discussions directes sur les usages numériques et les normes de genre.

À la question du rôle des médias dans la lutte contre les violences faites aux femmes, Emna Ben Jemaa explique, lors du panel, que

Être média ne se limite pas à informer. Le média explique, rend les sujets accessibles, mais il peut aussi proposer et mettre en avant des modèles qui fonctionnent. Montrer un père qui parle avec son fils, un garçon qui refuse de participer à une humiliation en ligne, c’est déjà proposer autre chose et ouvrir des possibilités. »

Ce travail s’inscrit dans une approche éditoriale qui assume un rôle actif dans l’évolution des normes sociales.

Une plateforme sécurisée pour agir

Au-delà de la sensibilisation, le programme a développé des outils concrets, à travers le développement d’un outil d’intelligence artificelle qui  permet aux personnes concernées de signaler des violences et d’accéder à un accompagnement juridique et psychologique, dans le respect de la confidentialité et du consentement .

Cet outil répond à un besoin identifié. Donner des solutions accessibles, adaptées au contexte numérique et aux réalités vécues.

Une clôture au Kef entre bilan et perspectives

Le programme s’achève, mais ce qu’il a enclenché dépasse sa durée. Ainsi, des alliances se créent, des pratiques évoluent et des voix continuent de se faire entendre.

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